Installation, Canadian cultural centre, Paris
30.09 – 20.11 2005

This exhibition took place in an "hôtel particulier" in the neighbourhood of the parliament in Paris, where the exhibition spaces of the Canadian cultural centre are situated (5, rue de Constantine, 75007 Paris). Upon her arrival the visitor would start following a guided tour of the building. The voice of the audiophone told her that the former owner of this place was the cousin and collaborator of the french president Mac Mahon, elected in 1873. Before becoming president, Mac Mahon was a general in the army, where he became famous for stopping the progression of the revolutionary events of la Commune de Paris (March-May 1871), and massacred more than 30 000 of its supporters. While proudly reminding this great success of the aristocracy, the voice calls the viewer to admire the beauty of the architecture and the art collection. But none of the things described are visible, and the great chandelier is even broken on the floor.
When the visitor reaches the first floor, she should be entering the private apartments of the former owner, but instead she discovers a roughly-made shelter occupying the whole space. Inside this construction the visitors discover a very elegant and bourgeois setting. Through a second door and a corridor, the visitors can exit the construction to partially enter a second room, described by the guide as the ballroom. But the access to this room is denied by a dead end corridor, and the visitor can only hear sounds of a reception. People are celebrating, the atmosphere seems to be elegant.
On the day of the opening, two different parties were organized. One was accessible to all, during which very average wine was served. The other was only accessible with an invitation and for only carefully chosen vips (art collectors and the likes), in which excellent food and wines were served by waiters. The two parties went on in parallel, in two separate rooms, only divided by this dead end corridor and a thin translucent plastic sheet. The two types of guests could hear and vaguely see each other. One visitor from the "open party" decided to break through the separation to enter the vip's room. During the two month-long exhibition the visitors were able to hear the sounds of the opening night...

Credits
Production: Canadian Cultural Centre, Paris
Curator: Catherine Bédard
Recording and sound editing: Pierre Badaroux-Bessalel
Voice: Isabelle Plichon
Musical arrangement: Denis Uhalde

Installation, Centre culturel canadien, Paris
30.09 – 20.11 2005
 
Ce projet se développe à partir du lieu qui l’accueille, un hôtel particulier reconverti en espace d'exposition du Centre culturel canadien (5, rue de Constantine, 75007 Paris). Son histoire et celle de ses premiers locataires, ainsi que leurs liens avec l’actualité de l’époque qui rejoint – encore – celle d’aujourd’hui. Le projet interroge également l’espace muséal qu’est devenu ce lieu et la façon dont il s’ouvre aujourd’hui au public, et à quel public.
Un bon nombre de riches demeures d’aristocrates font aujourd’hui partie du patrimoine touristique : on les visite la bouche ouverte, ébahis par l’étalage de leurs richesses. Il serait faux d’envisager l’ouverture de ces lieux au public comme une façon de les lui rendre. La remarque qui est faite au visiteur n’est pas « il est étonnant que le pouvoir soit si riche » mais plutôt « voyez comme le pouvoir est puissant ». Les audioguides qui tracent le parcours des visiteurs ne révèlent d’ailleurs pas le moindre commentaire critique, par exemple sur ce qui pourrait être l’origine douteuse de certaines œuvres, ou sur la façon dont s’enrichissaient les propriétaires du lieu. Une visite des appartements du roi à Versailles ou de ceux de Napoléon III au Louvre ou encore de la demeure André-Jacquemart, nous montrent de véritables décors faits pour éblouir.
En entrant au 5 rue de Constantine, le visiteur suit un parcours qui le mène à la salle d’exposition, ponctué par une visite guidée audiophonique retraçant l’histoire de cet hôtel particulier. Non sans fierté, la voix rappelle que Louis Emmanuel, vicomte d'Harcourt, qui fut le bâtisseur et propriétaire du lieu, était aussi le cousin du président Mac Mahon et son secrétaire à la présidence. Élu président par l’assemblée nationale en mai 1873, Mac Mahon doit son succès au fait qu’il s’est illustré à la tête de l’armée de Versailles en écrasant par les armes et dans le sang la Commune de Paris au printemps 1871. La voix de l’audioguide rappelle fièrement ce beau succès de l’aristocratie que fut la victoire sur la Commune et le massacre de 30 000 de ses sympathisants en une semaine. On nous demande aussi d’admirer au passage les beautés de ce lieu : architecture somptueuse, décor subtil, impressionnante collection d’art… ce qui est étrange, et dérangeant, c’est qu’on ne voit rien de tout ça : le lustre élégant qu’on nous décrivait est même écrasé au sol.
La musique qui accompagne le commentaire est une adaptation du "Temps des cerises" jouée au clavecin.
À l’étage, alors que selon les indications de l’audioguide nous devrions être dans les appartements des d’Harcourt, on découvre une construction tout droit sortie d’un bidonville, tel qu’on en trouve encore aujourd’hui tout près de paris, au Bourget notamment. Que s’est-il passé ? Qui est venu s’installer là ? On peut entrer dans cette construction qui s’élève à quelques centimètres du sol, et on y découvre un décor très coquet, bourgeois, avec des moulures, du parquet… il y a aussi de la toile de Jouy aux murs, dont les motifs sont moins paisibles qu'à l'habitude: les gravures représentent des scènes de combat de l'époque de la commune.
Un événement semble s’être produit, des émeutiers ou des squatteurs sont-ils passés par là ? Ces autres événements se sont en tout cas déroulés bien des années après le départ des premiers occupants, après même que le lieu ait été ouvert au public.
Une seconde porte permet de sortir de cette construction en empruntant un couloir. Ce qu’on entrevoit au bout, sans pouvoir y accéder car l’extrémité en est bloquée, c’est l’atmosphère de la salle de réception que l’audioguide présentait comme une salle de bal richement décorée. Il s’y déroule une fête, on aperçoit ses lueurs, on entend des bruits joyeux. Mais c’est une soirée réservée, une soirée parallèle, et peu y sont admis.
Le soir du vernissage, il y avait deux vernissages parallèles : l’un, ouvert à tous, se déroulait dans la salle d’exposition. On y servait du vin moyen. L’autre, beaucoup plus élégant, où l’on servait un très bon buffet d’un excellent traiteur parisien, était accessible sur invitation, à une cinquantaine d’invités soigneusement sélectionnés, dans l’espace du grand salon, inaccessible au reste du public. Le seul aperçu qu’il pouvait en avoir était à travers la bâche translucide du second couloir de l’installation : il entendait des bruits de réception et apercevait les silhouettes des invités. Chaque fois qu’un spectateur du grand public apparaissait au bout du couloir, l’atmosphère se tendait dans le grand salon. Certains invités de la réception se sentait mal à l’aise d’être du bon côté. Il y eut plusieurs tentatives de pénétrer dans le grand salon, certaines ayant réussi. La bâche ayant été déchirée par un de ces spectateurs, celle-ci a été aussitôt réparée à la hâte.
C’est dans cette frustration que le visiteur de l’exposition repartira : celle de n’avoir pas pu assister à la fête, d’avoir suivi la visite d’un lieu qu’il n’a pas vu, de ne pas avoir su qui est venu bâtir et s’installer là, mais surtout d’avoir été, une fois de plus, trompé.

Crédits
Production: Centre culturel canadien, Paris
Commissaire: Catherine Bédard
Enregistrement et montage sonore: Pierre Badaroux-Bessalel
Voix: Isabelle Plichon
Arrangement musical : Denis Uhalde


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